Laïcité : les hamonistes répondent à Caroline Fourest

27 janvier 2017 | Catégorie(s) : Lu, vu, entendu..

Dans une tribune à « L’Obs », Pascal Cherki et Naïma Charaï répliquent aux attaques de l’essayiste proche de Manuel Valls.

Laïcité : la confusion ne sert que la division

« Voilà que depuis lundi, le candidat arrivé en tête de la primaire de la gauche, Benoît Hamon, est la cible de toutes les critiques. Parmi celles-ci, une semble privilégiée par ceux qui tentent de le décrédibiliser. Benoît Hamon serait le candidat « des Frères musulmans », ses propos feraient écho à une « frange islamo-gauchiste ». L’extrême droite, elle, n’hésite pas à reprendre ces propos.

Qu’une semaine d’entre-deux-tours voie apparaître des caricatures, cela n’est pas nouveau. En revanche, que des soutiens d’un candidat à la primaire de gauche partagent leurs éléments de langage avec l’extrême droite est inquiétant. Cela appelle chacun à la mesure et à la responsabilité, en particulier celles et ceux qui affirment faire de la laïcité leur principal combat.

C’est en particulier le cas de Caroline Fourest. Femme courageuse, engagée, avec qui nous avons partagé les combats contre l’intégrisme religieux, elle semble aujourd’hui s’être choisie une cible en la personne de Benoît Hamon. Que Caroline Fourest ait choisi de soutenir un autre candidat dans cette primaire est un choix qui lui appartient et nous le respectons. Mais nous n’acceptons pas ses approximations, ses raccourcis et, disons-le, sa mauvaise foi.

Un principe fondateur de notre république

Nous défendons, avec la candidature de Benoît Hamon, une laïcité sans adjectif. Ni « ouverte », ni « ferme » : la laïcité, tout simplement. Elle se définit dans la loi de 1905 selon un principe fondamental : la liberté de conscience, c’est à dire de croire ou de ne pas croire, d’où découlent la séparation de l’Etat et des cultes et la garantie du libre exercice de chacun d’entre eux.

La laïcité n’est pour nous pas une conviction, ou une idéologie. C’est un principe fondateur de notre république qu’il s’agit de préserver, de défendre et de garantir. C’est grâce à lui que chacun est libre de croire ou de ne pas croire sans subir de pression ou être inquiété, manifester son opinion religieuse ou son absence dans le cadre de l’Etat de droit, exercer ainsi sa liberté individuelle dans le respect et en harmonie avec celle des autres.

Oui, il existe en France des personnes qui testent la République sur ce principe. Il s’agit de ceux qui veulent privatiser l’espace public ou qui font pression sur leur entourage au service de leur foi ; mais aussi de cet enseignant qui exclut une étudiante de l’amphithéâtre parce qu’elle porte un voile, ou de ces maires, soutenus par un Premier ministre, qui édictent des arrêtés illégaux interdisant le port d’une tenue de plage parce qu’ils la considèrent « provocante ».

Elle est le plus beau régime du monde

Nous n’avons pas de leçon à recevoir sur la lutte pour le respect de la laïcité. Elus de terrain, nous sommes confrontés aux ennemis de la République au quotidien. Les dérives extrémistes que Caroline Fourest dénonce souvent à juste titre, nous les combattons dans nos villes, nos quartiers. Mais nous le disons clairement : quand elle assimile laïcité et lutte contre les religions, elle rend ce combat plus difficile. Elle crée de la confusion, de la stigmatisation, de la défiance là où nous avons le plus besoin d’adhésion autour de ce principe.

Femmes et hommes de gauche, la finalité de notre engagement est l’émancipation humaine contre toute forme de déterminisme et de soumission matérielle ou symbolique. Mais nous ne confondons pas nos convictions personnelles avec le principe républicain de la laïcité, qui appartient à tous.

La laïcité n’est pas la religion de ceux qui n’en ont pas : elle est le socle commun que nous devons tous, au-delà de nos croyances, partager. Fondé comme Clemenceau l’envisageait dès 1870 sur « la liberté de conscience chez tous les citoyens », la laïcité française est une exception que nous revendiquons avec fierté : elle est, comme le répète inlassablement notre candidat, « le plus beau régime du monde. »

Pascal Cherki, député socialiste de Paris, et Naïma Charaï, conseillère régionale socialiste de Nouvelle-Aquitaine